La pensée rousseauiste

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La pensée rousseauiste

Message  Bart le Sam 28 Nov - 9:22

Rousseau écrit de lui enfant « je me croyais Grec ou Romain », il s’entend par là qu’il s’enthousiasmait pour l’héroïsme & le civisme des héros de Plutarque. Genève lui paraissait une cité antique. Quand il quitte sa patrie en quête de se chercher lui-même, le hasard l’envoie à Venise, il devint secrétaire de l’ambassadeur de France. C’est là qu’il s’aperçoit que les vénitiens ne sont pas des spartiates, devant les mœurs corrompues et la mauvaise gestion du gouvernement, Rousseau est déçu. Selon Rousseau, le gouvernement dépend des mœurs qu’il encourage : sa première tâche n’est-elle pas de former de bons citoyens ? La politique suppose une bonne éducation. Voilà la première pensée de Rousseau est édifiée. La cour Française et ses libertinages confirment son diagnostic. Il entreprit alors d’écrire les institutions politiques, son œuvre, du contrat social traite sur les principes du droit politique & sur les relations entre le peuple. Cette œuvre servira plus tard de bible aux révolutionnaires français.

"La politique est l’art d’administrer une société, d’y maintenir la paix sociale, de transformer la législation pour l’adapter aux modifications entrainées par l’histoire, de contrôler les diverses activités des hommes de telle sorte que les institutions soient justes et efficaces, de régler les relations entre l’Etat et les autres Etats ". Montesquieu en a donné les principes dans son esprit des lois en 1748, Rousseau n’ignore pas cela & n’a pas l’ambition de refaire ce grand livre, ni même d’étudier la politique en elle-même, mais seulement d’en déterminer le fondement. Car Rousseau est d’abord philosophe, il se préoccupe de la nature & du bonheur de l’homme.
Rousseau reprend les problèmes autrefois soulevés par les théoriciens du droit naturel tels que Hobbes, Grotius ou Pufendorf. Mais ces auteurs étaient, selon lui , plus soucieux de « justifier ce qui est , de partir du fait, que de chercher ce qui doit être ». Par exemple, Hobbes pense que chacun voulant sa sécurité, il faut un pouvoir fort qui empêche l’homme d’être un loup pour l’homme. Tout comme Grotius qui justifie l’ordre établi. Or, pour Rousseau cet ordre établi soulève le problématique, car l’homme est de nature bon mais la société l’avait perverti. C’est à la politique ou la société de rendre l’homme bon. La politique est d’abord morale, elle accomplit l’homme, elle n’est « justifiée ni par la nature, ni par l’intérêt, ni par la force, ni par le fait accompli, l’homme, qui est volonté, raison, conscience, sentiment et non simplement besoin & passion ». Elle suppose une « science de l’homme » tandis que les auteurs se contentent de regarder autour d’eux et disent : tel est l’homme, sans s’inquiéter de ce que celui-ci pouvait devenir.

Pour Rousseau, l’homme vit dans un état « d’agrégation », pour survivre, il doit se faire « agréer, se soumettre ou s’imposer, donc se soucier de l’opinion des autres ». Le pire esclavage est là : il faut dissimuler ce que nous sommes, paraître ce que nous ne sommes pas. « L’homme naturel se détruit sans s’accomplir, un moi fictif se forme peu à peu & remplace notre vrai moi ». Chacun est double et malheureux et finit par « s’accommoder de ses fers ». Dans cet état d’instabilité & dangereux, les puissant eux-mêmes peuvent craindre la révolte ou la ruse des faibles. Le « faux contrat social » est établit, il légalise l’état de fait, nous vous accordons la sécurité, disent-ils, pourvu que vous nous accordez votre obéissance. Les uns peinent, les autres gouvernent, telle est la nature des choses, même Aristote justifie cet état de fait par une morale, disait que les « hommes ne sont point naturellement égaux, les uns naissent pour l’esclavage & les autres pour la domination ».

Rousseau dégage ainsi « la mauvaise socialisation », sans vertu, les hommes vivent dans l’insécurité, soumis à la pression des mœurs. Une bonne « socialisation » est selon Rousseau, ne peut venir que la « volonté raisonnable, consciente de ses fins & de ses moyens ». Le principe est de fonder une société juste basée sur la volonté raisonnable : agir librement avec un autre veut dire passer avec lui un contrat qui nous engage tous deux. Ainsi le contrat est l’acte de fondation d’une cité. Rousseau rappelle que depuis le Moyen-âge, il ne manquait pas d’auteurs pour développer l’idée « d’un pacte politique », mais ce n’était en général « qu’un pacte de gouvernement ». Car l’accord passé par exemple par un peuple avec une dynastie pour lui confier donner la Couronne selon certaines lois fondamentales, suppose que le peuple une fois désigné celui qui va gouverner abdique sa liberté, pour donner tout le pouvoir & la liberté à cette personne (la Monarchie héréditaire).

Le contrat social selon Rousseau ne contient rien de tel : les hommes se rassemblent comme ces aventuriers qui, dit-on accompagnaient Romulus. Jusque là ils vivaient dans l’anarchie où la lutte pour la vie fait la loi. Mais comme Rousseau fait remarquer, ces hommes ont l’idée de justice, qui est « innée à l’homme » : ils se proposent donc de fonder une juste société. Le souverain est donc le peuple (cette notion de souveraineté du peuple dont Rousseau se targue est une idée neuve car écrite dix ans avant la Révolution). Rappelons que dans les anciennes doctrines du contrat, le peuple n’est souverain qu’un instant pour abdiquer sa liberté entre les mains de ceux que l’on appelle habituellement « souverains ». Cette souveraineté reste inique, la loi fondamentale propre à celle-ci dit que chaque homme est à la fois membre et sujet du souverain, il doit obéissance.

( voir : suite prochainement sur le régime politique selon Rousseau)

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