Défense de Vergniaud - le lendemain de son arrestation

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Défense de Vergniaud - le lendemain de son arrestation

Message  Bart le Mer 12 Jan - 9:21

La lettre politique de Vergniaud - le 3 juin 1793.


" Citoyen président,

Je sortis hier de l'Assemblée entre une et deux heures. Il n'y avait alors aucune apparence de trouble autour de la Convention. Bientôt on vint me dire dans une maison où j'étais avec quelques collègues que les citoyens des tribunes s'étaient emparés des passages qui conduisent à la salle de nos séances, et, que là ils arrêtaient les représentants du peuple, dont les noms se trouvent sur la liste de proscription dressée par la Commune de Paris. Toujours prêt à obéir à la loi, je ne crus point devoir m'exposer à des violences qu'il n'est plus en mon pouvoir de réprimer.

J'ai appris, cette nuit, qu'un décret me mettait en arrestation chez moi : je me soumets.

On a proposé comme moyen de rétablir le calme, que les députés proscrits donnassent leur démission. Je n'imagine pas qu'on puisse me soupçonner de trouver de grandes jouissances dans les persécutions que j'éprouve depuis le mois de septembre ; mais je suis tellement assuré de l'estime et de la bienveillance de tous mes commettants, que je craindrais de voir ma démission devenir, dans mon département, la source de troubles beaucoup plus funestes que ceux que l'on veut apaiser et qu'il était si facile de ne pas exciter. Dans quelque temps, Paris sera bien étonné qu'on l'ait tenu trois jours sous les armes pour assiéger quelques individus dont tous les moyens de défense contre leurs ennemis consistent dans la pureté de leurs consciences.

Puisse, au reste, la violence qui m'est faite n'être fatale qu'à moi-même. Puisse le peuple, dont on parle si souvent et qu'on sert si mal, le peuple qu'on m'accuse de ne pas aimer, lorsqu'il n'est aucune de mes opinions qui ne renferme un hommage à sa souveraineté et un voeu pour son bonheur ; puisse, dis-je, le peuple n'avoir pas à souffrir d'un mouvement auquel viennent de se livrer mes persécuteurs ! Puissent-ils eux-mêmes sauver la patrie ! Je leur pardonnerai de grand coeur et le mal qu'ils m'ont fait, et le mal plus grand peut-être qu'ils ont voulu me faire.

Hommes qui vendez lâchement vos consciences et le bonheur de la République pour conserver une popularité qui vous échappe, et acquérir une célébrité qui vous fuit !

Vous peignez dans vos rapports les représentants du peuple, illégalement arrêtés, comme des factieux et des instigateurs de la guerre civile.

Je vous dénonce à mon tour à la France comme des imposteurs et des assassins.

Et je vais prouver ma dénonciation :

Vous êtes des imposteurs, car si vous pensiez que les membres que vous accusez fussent coupables, vous auriez déjà fait un rapport et sollicité contre eux un décret d'accusation, qui flatterait tant votre haine et la fureur de leurs ennemis.

Vous êtes des imposteurs car, si ce que vous dites, si ce que vous avez à dire était la vérité, vous ne redouteriez pas de les rappeler pour entendre les rapports qui les intéressent, et de les attaquer en [leur] présence.

Vous êtes des assassins ; car vous ne savez les frapper que par derrière ; vous ne les accusez pas devant les tribunaux où la loi leur accorderait la parole pour se défendre ; vous ne savez les insulter qu'à la tribune, après les en avoir écartés par la violence, et lorsqu'ils ne peuvent plus y monter pour vous confondre.

Vous êtes des imposteurs ; car vous les accusez d'exciter dans la république des troubles que vous seuls et quelques autres membres dominateurs de votre Comité avez fomentés. "

(suite)

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Re: Défense de Vergniaud - le lendemain de son arrestation

Message  Bart le Mer 12 Jan - 9:25

" Je reprends. Vous n'aviez aucune inculpation fondée à présenter contre les membres dénoncés.

Vous avez dit :

Si nous faisons sur-le-champ un rapport, il faut proclamer leur innocence et les rappeler.

Mais alors qu'est-ce que notre révolution du 31 mai ?

Que dirons-nous au peuple et aux hommes dont nous nous sommes servis pour la mettre en mouvement ?

Comment, dans le sein de la Convention, soutiendrons-nous la présence de nos victimes ?

Si nous ne faisons point de rapport, l'indignation soulèvera plusieurs départements contre nous. Eh bien ! nous traiterons cette insurrection de rébellion. Il ne sera plus question de celle que nous avons excitée à Paris, ni de justifier ses motifs.

L'insurrection des départements, qui ne sera que le résultat de notre conduite, nous en accuserons les hommes que nous avons si cruellement persécutés.

Leur crime, ce sera la haine que nous aurons méritée, en foulant aux pieds, pour mieux les opprimer, et les droits des représentants du peuple et ceux même de l'humanité.

Lâches ! voilà vos perfides combinaisons !

Ma vie peut être en votre puissance.

Vous avez dans les dilapidations effrayantes du ministère de la guerre, pour lesquelles vous vous montrez si indulgents, une liste civile qui vous fournit les moyens de combiner de nouveaux mouvements et de nouvelles atrocités.

Mon coeur est prêt : il brave le fer des assassins et celui des bourreaux.

Ma mort serait le dernier crime de nos modernes décemvirs.

Loin de la craindre, je la souhaite : bientôt le peuple éclairé par elle, se délivrerait enfin de leur horrible tyrannie.

Je veux enfin, dit-il, développer devant le peuple toute mon âme, toutes mes pensées, toutes mes actions. Son estime est tout pour moi. On a voulu me la ravir ; peut-être a-t-on réussi. Eh bien, je veux la reconquérir, et j'ai dans ma conscience la certitude du succès.

Si ensuite mes ennemis veulent ma vie, je la leur abandonnerai volontiers.

Ils m'ont exclu de la Convention parce que mes opinions n'étaient pas toujours conformes aux leurs.

Ils n'ont voulu gouverner que d'après leurs vues politiques.

Qu'ils gouvernent ! qu'ils assurent le triomphe de la liberté sur les despotes coalisés contre elle ! qu'ils fassent le bonheur du peuple ! qu'ils fassent fleurir la France par de sages lois !

Je ne me vengerai du mal qu'ils m'ont fait qu'en proclamant moi-même le service qu'ils auront rendu à la patrie !

Le premier fait que le témoin m'impute est d'avoir formé, dans l'Assemblée législative, une faction pour opprimer la liberté. Était-ce former une faction oppressive de la liberté que de faire prêter un serment à la garde constitutionnelle du roi et de la faire casser ensuite comme contre-révolutionnaire ? Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté que de dévoiler les perfidies des ministres, et, particulièrement celles de Delessart ? Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté lorsque le roi se servait des tribunaux pour faire punir les patriotes, que de dénoncer le premier ces juges prévaricateurs. Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté que de venir au premier coup de tocsin, dans la nuit du 9 au 10 août, présider l'Assemblée législative ? Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté que d'attaquer La Fayette ? Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté, que d'attaquer Narbonne, comme j'avais fait de La Fayette ? Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté, que de m'élever contre les pétitionnaires désignés sous le nom des huit et des vingt-mille, et de m'opposer à ce qu'on leur accordât les honneurs de la séance ? Je l'ai fait, etc. "

(suite)


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Re: Défense de Vergniaud - le lendemain de son arrestation

Message  Bart le Mer 12 Jan - 9:29

" Le 25 juillet, un membre, ajoute-t-il, emporté par son patriotisme, demanda que le rapport sur la déchéance fût fait le lendemain. L'opinion n'était pas encore formée ; alors, que fis-je ? Je cherchai à temporiser, non pour écarter cette mesure que je désirais aussi, mais pour avoir le temps d'y préparer les esprits.

Le témoin a encore parlé de la réponse que j'ai faite au tyran, le 18 avril, et de la protection que je lui ai accordée. J'ai déjà répondu à cette inculpation, et certes il est étonnant qu'on veuille faire de cette réponse un acte d'accusation contre moi, quand l'Assemblée elle-même ne l'improuva pas.

Le témoin nous a accusés d'avoir voulu dissoudre et diffamer la municipalité de Paris. Qu'on ouvre les journaux, et l'on verra si jamais j'ai fait une seule diffamation.

Voilà ce que j'avais à répondre à la déposition du citoyen Hébert.

Citoyens jurés, vous avez entendu la lecture de deux copies de lettres que le désespoir et la douleur m'ont fait écrire à Bordeaux. Ces deux lettres, j'aurais pu les désavouer, parce qu'on ne reproduit pas les originaux ; mais je les avoue parce qu'elles sont de moi. Depuis que je suis à Paris, je n'avais écrit que deux lettres dans mon département, jusqu'à l'époque du mois de mai. Citoyens, si j'avais été un conspirateur, me serais-je borné d'écrire à Bordeaux, et n'aurais-je point tenté de soulever d'autres départements ? Et si je vous rappelais les motifs qui m'ont engagé d'écrire à Bordeaux dans cette circonstance, peut-être paraîtrais-je plus à plaindre qu'à blâmer.

Depuis mon arrestation, j'ai écrit plusieurs fois à Bordeaux. Dire que dans ces lettres j'ai fait l'éloge de la journée du 31 serait une lâcheté, et, pour sauver ma vie, je n'en ferai point. Je n'ai pas voulu soulever mon pays en ma faveur ; j'ai fait le sacrifice de ma personne.

Je suis accusé, dit-il :

1° De royalisme ;

2° De fédéralisme ;

3° D'avoir voulu la guerre civile ;
4° La guerre avec toute l'Europe ;

5° D'avoir tenu à une faction.

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Re: Défense de Vergniaud - le lendemain de son arrestation

Message  Bart le Mer 12 Jan - 9:33

" 1 ° Si j'avais eu des regrets monarchiques, me serais-je mis en avant ?»- S'il a voté l'appel au peuple, c'était pour éloigner de la Convention la responsabilité du jugement ; mais il a voté pour la mort et contre le sursis.
Et Dumouriez ?-Il n'a eu aucune relation avec lui ni pendant son ministère, ni pendant son généralat. Il ne l'a jamais défendu comme l'ont fait certains Montagnards. «Nous avons parlé comme Dumouriez ?- Oui, quand il a parlé comme les patriotes.» Il répond avec dédain et en peu de mots à l'accusation d'avoir voulu rétablir «le petit Capet» sur le trône, à celle d'être le complice de Dillon. Lui royaliste ! Quels étaient ses moyens pour faire un roi ? Lui ambitieux ! «Je n'ai eu ni l'ambition des places, ni celle du crédit, ni celle de la fortune : j'ai vécu pauvre. Quel titre au-dessus de celui de Représentant du peuple ?»

2° Fédéralisme. «Quel intérêt ? N'est-il pas plus beau pour un ambitieux de gouverner une grande République qu'un département ?» Mais il a voulu la garde départementale ? C'est faux. Mais il a calomnié Paris pour l'isoler des départements ? C'est faux. Qui a plus calomnié Paris qu'un de ses adversaires, Barère ? «Personne plus que moi n'idolâtre la gloire de Paris. Si j'ai parlé contre les provocations au pillage, c'était pour éviter que, lorsque Paris serait appauvri, on ne nous accusât.» Et il rappelle le décret qu'il fit rendre au 31 mai en l'honneur de Paris. Mais, dit-il, «nous faisons une révolution d'hommes libres, et non pas de brigands. Peut-être ne serait-il pas difficile de prouver que l'on connaissait les préparatifs de ce pillage que quelques prétendus amis de la liberté appellent du saint nom d'insurrection.-Si je voulais salir ma bouche des paroles d'un journaliste atroce ou insensé, trop connu parmi nous pour que je veuille le nommer, vous verriez que, sans être ni sorcier ni prophète, on pouvait présager ce qui vient d'arriver.-Disons toute la vérité.
Il est des hommes qui veulent légitimer le vol, qui flagornent et bercent les citoyens peu fortunés de je ne sais quelles idées subversives de tous les principes sociaux.»

3° Guerre civile. «L'ai-je voulue, avant ou depuis le 31 mai ? Avant ? quel but ? Pour un roi ? Pour le fédéralisme ? Quelles de mes actions induisent à le croire ? Mon opinion sur l'appel ? J'y déclare que je regarde comme traîtres [ceux qui pousseraient à la guerre civile].

On dit que j'ai mis le trouble dans la Convention. Jamais je n'ai dénoncé, jamais je n'ai répondu aux injures. J'ai pu montrer quelquefois de l'aigreur, mais j'ai toujours ramené le calme.

Comment tant d'accusations, si nous sommes innocents ?

Que d'hommes timides n'oseront plus défendre les intérêts du peuple ! Point de parti d'opposition dans un sénat, point de liberté.» Pour lui, il a voté tantôt avec la Montagne, tantôt contre.

Pourquoi rendre les Girondins responsables des malheurs de la France ? Après tout, quand nous avons eu de l'influence, il y a eu des victoires, tandis que, «par un hasard singulier, les échecs d'Aix-la-Chapelle, la guerre de la Vendée, l'affaire du 10 mars ont éclaté dans le même temps.

Je n'ai pas flatté pour mieux servir.

J'ai préféré quelquefois déplaire au peuple et ouvrir un bon avis. Malheur à qui préfère sa popularité !

vous la lui devez, s'il la veut.-S'il faut des victimes à la liberté, nous nous honorerons de l'être (sic). Vous la lui devez encore [ma vie], si la liberté court des dangers.-Sauvez-moi de la tache de la Vendée.-Je mourrai content si c'est pour les républicains. "

Vergniaud.


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