Buzot sur l'installation d'une garde pour la Convention

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Buzot sur l'installation d'une garde pour la Convention

Message  Bart le Jeu 15 Déc - 17:26

Sur l'installation d'une garde pour la Convention
Discours de Buzot devant la Convention à la séance du 08 octobre 1792.

Vous avez décrété, qu'il y aurait à Paris, à la disposition de la Convention, une garde composée de citoyens des quatre-vingt-trois départements. Une commission a été chargée de vous proposer le mode d’exécution. Cette commission a dû se pénétrer des principes sur lesquels vous avez établi votre première décision, afin de découvrir et de vous présenter les moyens les plus propres à réaliser les avantages que vous avez recherchés.

Un nouvel ordre de choses vient de commencer pour la France ; de hautes destinées l’attendent et lui promettent les plus grandes prospérités. Ce n’est plus dans le cercle étroit des combinaisons ordinaires qu'il faut calculer la marche des autorités qui doivent la gouverner. Tout ce qu'il y avait de personne et de vicieux est anéanti ou va l’être incessamment ; le despotisme n'est plus ; l'aristocratie n'est plus ; l’égoïsme qui les reproduit ne saurait subsister. La république est reconnue.

La république est la confédération sainte d'hommes qui se reconnaissent semblables et frères, qui chérissent leur espèce, qui honorent son caractère et sa dignité, qui travaillent en commun au bonheur de tous pour mieux assurer celui de chacun, parce que l’un dépend nécessairement de l’autre dans l’état social et reçoit de lui plus d'extension, plus de solidité ; d'hommes enfin égaux, indépendants, mais sages et ne reconnaissant de maître que la loi, qui émane de la volonté générale librement exprimée par les représentants de la république entière.

Cette belle association n'est pas resserrée dans les bornes d'un petit territoire ; elle est une, indivisible pour toute l'étendue de la France ; sa perfection, sa conservation, intéressent vingt-cinq millions d'hommes, et c’est de cette masse imposante que vos décrets déterminent le sort ; c'est elle qu'il faut envisager sans cesse, avec l’entière abstraction de tout lieu, de toute personne ; c’est elle que vous avez considérée en arrêtant d'en extraire une portion conservatrice pour le corps de ses représentants. Ils appartiennent à toute la nation ; donc la nation doit être appelée à les honorer de sa vigilance ou à les couvrir de son égide. Ceci n'est pas seulement un droit rigoureux, de même que de faire la garde des dépôts publics qui appartiennent à la nation entière ; ce n'est pas seulement une justice que vous êtes obligés de rendre aux départements ; mais c'est un lien moral, un moyen de concentration, de puissance et de concorde que vous devriez créer, s'il n'existait pas dam la nature des choses. L'étendue d'un état a sans doute de grand avantages : car, plus il y a d'intéressés à la même cause, plus elle a de défenseurs ; et plus les rapports d’intérêt sont multipliés dans une famille bien unie, plus elle devient florissante par le développement de toutes ses facultés. Mais cette étendue présente ainsi des inconvénients dont le législateur doit chercher à atténuer les effets par la sagesse de ses lois ; la grande distance des objets produit un refroidissement dans toutes les affections ; la défiance naît aisément contre ceux qu'on ne voit et qu'on ne connaît pas ; il en résulte le détachement bientôt sensible des parties éloignées d'un centre auquel se réunissent des avantages et une autorité qu'on ne partage pas. Il faut donc que l'action bienfaisante du gouvernement rallie sans cesse toutes les parties vers ce centre commun, qu'elle prévienne ou étouffe à leur naissance tous les germes de division. Le regard du législateur n'a rien de commun avec le coup d’œil vulgaire d'un homme qui ne considère que les intérêts du territoire qu'il habite. Il plane sur les espaces ; il pénètre dans l’avenir, il embrasse les générations. L'âme du législateur doit être fermée à toutes les séductions du moment ; elle ne s’ouvre qu'au plaisir de s'occuper du bonheur de tous. Celui-là n'est pas digne d'être l'organe de la volonté générale du peuple qui ne veut faire le bien, que de ce qui l'entoure. Ce n'est pas en louant le peuple qu'on le sert ; il faut l'éclairer et avoir le courage de lui dire la vérité, même au milieu de l’aveuglement des passions.

Si le principe de l'unité, de l'indivisibilité de la République est important et nécessaire, c'est pour Paris essentiellement ; c’est la source et le garant de sa richesse et de sa splendeur. Paris doit donc voir dans votre attention pour soutenir la confiance des départements, pour les unir à lui par une communauté de soins et le partage des mêmes fonctions, un éclatant témoignage de bienveillance, de justice et de reconnaissance.

Paris a renversé lé despotisme, Paris a fait la révolution, Paris a bien servi la liberté, la patrie ; mais le despotisme serait ressuscité, la révolution serait anéantie, la liberté soupirerait en vain, la patrie ne serait qu'un mot, si le peuple des départements n'avait applaudi au renversement, du despotisme, juré de soutenir la révolution, multiplié ses sacrifices pour la liberté, envoyé de nombreuses légions, prodigué son or et son sang pour la défense de la patrie.

Ville superbe et fortunée, écoute le langage simple et vrai d'hommes indépendants de tout, hormis de la confiance et du devoir ; tu montres avec orgueil tes nombreux enfants ; les monuments des arts, dont le génie et l'opulence t'embellissent, les sources de lumière qu'alimentent et grossissent les tributs qu'on vient t'offrir de toutes parts ; les vertus d'un petit nombre d'hommes qui sont venus les exercer dans ton sein, après les avoir acquises dans le silence de quelque retraite éloignée… Ne crains-tu pas que l'on découvre aussi cette corruption profonde, qui découlait d'une cour infectée jusque dans les classes les plus éloignées d’elle ; qui pénètre, altère et dégrade encore jusqu'aux premiers principes des mœurs, aux premiers éléments de la félicité ; qui mêle de l'aristocratie aux accents même du patriotisme. Que signifie l'opposition en ton nom à la formation de cette garde des départements, calculée sur tes propres intérêts ? ... Que cette garde serait nécessaire ; car, puisqu'il serait possible de t'abuser jusqu'au point de te faire réclamer contre une mesure que tu devrais solliciter toi-même, parce qu'elle est juste et grande, et qu'elle resserre, pour, ton intérêt, les liens qui t'unissent aux autres parties de la République, ne pourrait-on pas aussi te faire oublier que la gloire et le salut de ton existence sont attachés à la plus entière indépendance des représentants que tu dois t'honorer de posséder dans tes murs, mais que tu ne pourrais impunément vouloir influencer ? Eh ! qui peut redouter des frères d'armes, des concitoyens, se réunissant ici pour défendre les intérêts communs ! Qui peut les redouter, si ce n'est les factieux, qui sentent que leur règne est passé ? Ces hommes qui naissent dans les bouleversements politiques, comme les reptiles sortent de la terre au milieu des orages, et qui ont besoin de l’anarchie pour dominer et du crime pour jouir ; ces hommes que l'humanité surveille, et que la loi doit enfin écraser. Eh quoi ! serait-ce pour leur triomphe que vous auriez été immolées, victimes généreuses du 10 août ?

Vous arriviez de toutes les parties de la France pour la sauver ou périr avec elle, vous, dont les mânes révérés doivent habiter cette enceinte, temple de la liberté. Dites-nous quel courage vous anima, quel espoir vous soutint, quelle confiance adoucit le passage sombre et rapide de vos glorieux combats à la nuit du tombeau ? Le courage du juste qui se dévoue pour l’extinction de la tyrannie, l'espoir du citoyen qui se transporte dans l'heureux avenir préparé par ses vertus, la confiance de l'avoir assuré à ses enfants, à ses neveux, par un exemple immortel, la honte et l'effroi du despotisme.

Que ceux qui se sentent animés d'un égal courage se hâtent de justifier l'espoir dont il était accompagné. Nous n'avons pas détruit l'aristocratie pour qu'elle renaisse sous une autre forme ; nous sommes appelés à élever l'édifice à l'abri duquel les générations doivent se succéder dans la paix et le bonheur, des murs et des lois. Nos premiers pas ne seront point caractérisés parla faiblesse ou l'incertitude.

La carrière est tracée, le principe est évident, le devoir parle, les siècles sont là ; qu'importe le murmure ou la prévention d'un petit nombre abusé ? La Convention nationale, pénétrée de son auguste destination, forte de ses droits, fière de la puissance nationale, ne peut voir et prescrire que ce qu'elle juge utile à la nation entière et pour la durée des temps.

Enfin, citoyens, reconnaître dans les départements leurs droits à concourir à la garde de ce qui leur appartient ; leur en assurer l'exercice, les attacher enfin au centre vers lequel il faut rappeler les forces et les affections de toutes les extrémités, prévenir les défiances et les divisions si faciles à naître et si funestes par leurs suites ; c'est en même temps ôter à la malveillance tout prétexte de saper la constitution que vous devez établir, c'est vous mettre à même de la méditer avec calme, de la discuter avec force, de la décréter avec sagesse, et de l'offrir pure et entière au vœu du peuple dans les assemblées primaires.

Je ne m'arrêterai pas aux craintes fantastiques d'une garde prétorienne dont le nom sert d'épouvantail à ceux qui n'en réfléchissent pas l’idée. Le projet de décret y répond suffisamment ; mais si je dois y ajouter quelque chose, je dirai que la garde formée des habitants d’un même lieu, ou soumise à la volonté d'un seul homme, peut devenir comparable à la garde prétorienne des empereurs ou à l'état-major d'un La Fayette : car, dans, l’un et l'autre cas, elle peut être, animée d'un esprit particulier. Mais celle qui est le résultat du choix de tout l'empire et qui doit être sous l’immédiate autorité d'un corps législatif, passagère comme lui, et jamais assez nombreuse pour devenir redoutable, ne saurait désirer et servir que le bien et la liberté de tous. Votre commission vous propose de décréter que chaque département enverra, pour la garde de la Convention nationale et des dépôts publics autant de fois quatre hommes d'infanterie et deux hommes à cheval qu'il aura de députés à la Convention ; ce qui fera 4470 hommes ; que ces gardes nationaux seront casernés et payés de la solde que reçoivent les gendarmes nationaux à Paris ; qu'ils seront élus par les conseils généraux de département, parmi les citoyens ayant reçu un certificat de civisme du conseil-général de leur commune et de celui du district ; enfin que leur commandant sera nommé par la Convention nationale.

(Fin du discours)


Dernière édition par le Mar 17 Jan - 10:45, édité 1 fois

_________________
Vertu tu n'es qu'un nom, je te cultivais comme une réalité, et tu étais l'esclave de la Fortune - (Brutus)
avatar
Bart
Administrateur

Nombre de messages : 489

Voir le profil de l'utilisateur http://lagironde.forumactif.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: Buzot sur l'installation d'une garde pour la Convention

Message  Bart le Sam 17 Déc - 13:14

(Fin du discours de Buzot)

_________________
Vertu tu n'es qu'un nom, je te cultivais comme une réalité, et tu étais l'esclave de la Fortune - (Brutus)
avatar
Bart
Administrateur

Nombre de messages : 489

Voir le profil de l'utilisateur http://lagironde.forumactif.com

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum