Jean-Pierre Brissot par Michel Lhéritier

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Jean-Pierre Brissot par Michel Lhéritier

Message  Bart le Mar 23 Aoû - 16:38





Parmi les Girondins, il fait figure non pas de chef, mais de précurseur, et de guide, sinon d’animateur. On l’a surnommé « le faiseur », à cause de sa prodigieuse activité. On a dit qu’il écrivait trop, qu’il parlait trop. C’est fort possible. Il n’a vécu que trente-neuf ans. Mais ayant voyagé dans les deux mondes, il tant vu, tant retenu, il a tant fait et son influence est telle, que dès son arrivée à la Législative, il donne l’impression d’un homme d’âge et d’expérience. Son avis fait autorité.

Il est né à Chartres en 1754, et il habite à Paris, rue Grétry. C’est bien l’homme le plus simple du monde, d’après Beaulieu, qui lui trouve l’air triste et qui le compare à un quaker. Meillan ne le croit pas capable de jouer le rôle de chef : « il avait même, dit-il, une facilité de caractère qui le plaçait à la suite des autres plutôt qu’à leur tête ». « Moi, chef de parti, déclare Brissot tout le premier. Il y a si mois qu’on me donne ce rôle et je suis encore à douter si l’auteur de cette ridicule parade a voulu faire une plaisanterie ou une atrocité ». Il a répondu encore dans ses mémoires à ceux qui le taxaient de royalisme : « Citoyens, je n’ai sans cesse à la bouche le mot sans-culotterie, mais je le pratique. Je suis peuple, moi, les miens, nous avons connu le peuple…Et vous voudriez qu’un homme qui depuis vingt-cinq ans a les mœurs d’un républicain se dégradât tout a coup par le royalisme ? » Le voici enfin, tel que l’a présenté Guadet, dans son discours du 12 avril 1793 ; « il combattait pour la liberté, souffrait pour elle, écrivait pour elle, alors que Robespierre, disait qu’il ne savait pas ce que c’était qu’une République…C’est en lui que j’ai trouvé la véritable philosophique, non pas la philosophie de paroles, mais de pratiques, qui n’allie point le vice avec la prédication de la vertu, qui fait qu’on se contente de la médiocrité dans laquelle on est né, qui fait qu’on avance jamais sa fortune par ses moyens illégitimes. »

Ce n’est pas à dire qu’il ne soit pas entreprenant. Mais il met son esprit d’entreprise au service de ses idées dont il est fier, comme de son savoir encyclopédique et de son incomparable activité.

A 26 ans, il écrit un ouvrage à tendance socialiste, sur la propriété. Il s’est fait embastiller un moment pour avoir répondu une brochure anglaise : « le diable dans un bénitier ». Il est allé à Londres et il a voulu y fonder, sous le nom de lycée une Académie internationale, tout en publiant un tableau de l’Angleterre et de l’Inde. De 1782 à 1786, il publia une Bibliothèque philosophique du législateur, du politique, du jurisconsulte sur les lois criminelles. En 1787, il fait paraître encore un livre sur la France et les Etats-Unis. En 1788, il fonda la Société des Amis des Noirs, ce qui ne l’empêche pas de voyager aussi en Hollande et d’aller en Amérique. Il revient en France pour prendre part à la Révolution. Dés avant le 5 mai 1789, il fait paraître au moins un numéro de son journal « le Patriote français » qui durera jusqu’au 2 juin 1793. Quand la Bastille fut prise, les clefs lui en furent remises. Plus tard, il rédigea la pétition républicaine du Champ-de-Mars. On essaya mais en vain de lui barrer la route de la Législative. Alors, attirant à lui les députés de la Gironde et amenant d’autre part à Madame Roland, ses amis de la gauche, il fonda avec les uns et les autres le Club dit de la Réunion. Par son activité au comité des Affaires diplomatiques, il a longtemps fait figure de véritable ministre des Affaires étrangères. Et il semble avoir été le 31 mars 1792, le principal artisan du premier ministère girondin.

C’est alors, tant que dure la Législative, qu’il déploie le plus d’éloquence. Les montagnards (surtout Robespierre) l’ayant dénoncé comme intrigant et comme malhonnête et plus tard comme « acoquiné au traître Dumouriez », Brissot se redressant de toute sa petite taille, leur jettera, lui timide, en pleine figure, dans sa lettre à ses commettants du 22 mai 1793 : « Anarchistes, brigands, vous pouvez frapper maintenant, j’ai fait mon devoir, j’ai dit des vérités qui me survivront ».

On a dit de cette invective, comme de celle d’Isnard, qu’elle aurait provoqué la journée du 31 mai. Mais en fait, celle-ci n’avait pas besoin de prétexte. Mis en état d’arrestation après celle du 2 juin 1793, Brissot essaya de s’enfuir, mais il fut arrêté à Moulins et ramené à Paris. Le 24 octobre, au Tribunal Révolutionnaire, placé sur la sellette (fauteuil spécialement conçu pour un grand criminel), il semble être le principal accusé parmi les Girondins ; Restant jusqu’au bout « l’homme à systèmes », on le vit sérieux et pensif, sur le chemin de la guillotine........le 31 octobre 1793.

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Brissot

Message  François le Jeu 1 Sep - 22:31

Salut Bart,

Merci d'avoir repris la petite notice de Michel Lhéritier...

Pauvre Brissot, il a laissé à sa femme Félicité à la veille de son éxécution (avant le verdict) une lettre émouvante, voici son contenu :

le mercredi 30 octobre à 4 heures de l'aprés -midi :

" je vois, ma chère Félicité, que ma dernière heure est venue. On doit ou je me trompe fort, nous juger aujourd'hui. Peut-être aurais-je le malheur de ne pas tevoir ; cependant je ferai tout pour cela. Si ce bonheur m'est refusé, soutiens ce coup avec courage. Tu te dois à nos enfants ; veille sur eux, vis pour eux ; garde quelques-uns de mes billets, que tu puisses les leur montrer un jour. Ils se diront : voilà l'écriture d'un père qui nous aima et qui aima mieux que nous la chose publique, car il s'est sacrifié et a été sacrifié pour elle. Encore un mot, mon amie. Sillery m'a offert des secours pour toi ; Fauchet et tous mes collègues, Gensonné surtout qui, je le crains, partagera mon sort, Gensonné t'assure de son estime, te conjure de te lier avec sa femme et ses enfants. Vous êtes dignes toutes deux de vous estimer, de vous lier l'une et l'autre ; elle a une âme comme la tienne. Adieu, ma tendre amie ; essuie tes larmes, les miennes mouillent ce papier. Mais notre séparation ne sera pas éternelle."

Amicalement,
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Re: Jean-Pierre Brissot par Michel Lhéritier

Message  François le Jeu 12 Jan - 18:17

Salut Bart,

Pour me faire pardonner d'avoir envahi le forum de discussion avec
mes nombreux messages perso (ange est de retour), je t'apporte un témoignage de Madame Roland, pris dans ses mémoires, en parlant de Brissot :

Il était impossible d’unir un plus grand zèle pour la chose publique, et de s’adonner au bien avec plus d’oubli de soi-même. C’est le meilleur des humains, bon époux, tendre père, fidèle ami, vertueux citoyen ; sa société est aussi douce que son caractère est facile ; confiant jusqu’à l’imprudence, gai, naïf, ingénu comme on l’est à quinze ans, il était fait pour vivre avec les sages, et pour être la dupe des méchants

Voilà, j'espère avoir apporté quelques choses d'utiles Cool

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Re: Jean-Pierre Brissot par Michel Lhéritier

Message  Vogesus le Sam 10 Juil - 20:59

Il est à savoir que Brissot se prénommait Jacques-Pierre et non Jean-Pierre. Une erreur assez commune.
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Re: Jean-Pierre Brissot par Michel Lhéritier

Message  Bart le Dim 11 Juil - 16:44

Merci pour la rectification, c'était une faute de frappes, je devais la corriger mais je l'avais oubliée.

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